Petit tour du Bti ou pourquoi nous devons en cesser l’épandage dans nos plans d’eau

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Val-des-Bois, comté de Papineau, Outaouais

 Les auteurs de ce document sont résidents de l’Outaouais:

Claire Charron, M. Env.
Diane Paré, Technicienne de la faune

À noter que les extraits de couleur, sauf le rouge, mènent à des références.

1. Qu’est-ce que le Bti?
2. Comment agit-il?
3. Pourquoi l’utilise-t-on?
4. Situation à Gatineau
5. Les zones grises
6. Habitats aviaires plus menacés que jamais
7. Solution de rechange
8. Cadre réglementaire
9. NOUVELLES DONNÉES – 2012
10.Conclusion

1. Qu’est-ce que le Bti?
Le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) est une bactérie vivant naturellement dans les sols de plus de 15 pays. Au Québec, malgré que le Bti n’ait pas été répertorié officiellement jusqu’à ce jour, on croit qu’il constitue une partie de la flore microbienne normale. Depuis sa découverte en Israël dans les années 70, on reproduit cette bactérie en laboratoire pour lutter contre les moustiques et les mouches noires. Dans les années 90, 200 tonnes de Bti ont été épandues dans le monde et son utilisation au Québec et dans le monde va croissante.

2.Comment agit-il?
Les tests effectués sur diverses variétés de larves de moustiques et de mouches noires ont démontré ceci: la bactérie Bti sécrète des cristaux dans les plans d’eau. Lorsque les larves de moustiques et de mouches noires se nourrissent dans les marais et autres milieux humides, elles absorbent ces cristaux qui perforent leur tube digestif; les larves cessent alors de s’alimenter et meurent au bout de quelques jours.

Le Bti aurait un taux d’efficacité à plus de 90%.

Le Bti peut persister dans une zone traitée plusieurs mois, voire des années et il peut être transporté sur d’autres sites accidentellement; à ce titre, consulter la présente étude au chapitre portant le titre suivant: La Rémanence du Bti dans l’environnement, p. 239.

3. Est-ce que le Bti n’agit que sur les moustiques et mouches noires? Non, contrairement à l’information générale qui circule dans les médias, on sait maintenant que le Bti agit sur un autre diptère (famille d’insectes à 2 ailes telles les mouches, moustiques, moucherons, taons, etc.): il détruit également les petits cousins non-piqueurs des moustiques, soit les chironomes. Les larves de chironomes (ou vers de vase) sont encore plus nombreux dans nos milieux humides que les moustiques et les mouches noires.

4. Pourquoi l’utilise-t-on?
À Gatineau, partout au Québec et en Europe, on utilise ce pecticide pour ne pas être incommodé par les moustiques et les mouches noires. En fait, il s’agit d’une démoustication de confort.

VNO – au 9 novembre 2013, 108 cas répertoriés au Canada; en 2013, 1 seul décès dû au VNO rapporté à Toronto.

Riparia riparia
Hirondelle de rivage

4. Situation à Gatineau
La Ville utilise le Bti depuis 1996 – Voici deux extraits tirés directement de la page de la Ville:

EXTRAIT 1

ACTIONS POSÉES PAR LA VILLE
Le programme de contrôle biologique des moustiques sur le territoire de Gatineau date de 1996. Par un processus d’appel d’offre, le programme de contrôle des moustiques 2012-2017 a été confié à la compagnie GDG Environnement ltée. Dès le mois d’avril, et ce jusqu’en septembre, des spécialistes sillonnent les points d’eau du territoire couvert par le programme. Lorsque des larves sont présentes, un biopesticide est appliqué par voie aérienne ou par voie terrestres.

À noter que ces points d’eau sont principalement les marais le long de la 148.

EXTRAIT 2

LE BIOPESTICIDE
Le biopesticide utilisé pour le contrôle biologique des moustiques est le B.t.i. Ce biopesticide agit spécifiquement sur les moustiques et est sans danger pour la faune et la flore. Le B.t.i. est un produit homologué par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA), sous la direction de Santé Canada.

Ces informations sont fausses: contrairement à ce qu’on a cru depuis le début de l’usage du Bti, ce biopesticide n’est pas spécifique aux larves de moustiques et de mouches noires (voir nouvelles données au bas de la page); il n’est pas sans danger pour la faune du fait qu’il retire des chaînons clés de la chaîne alimentaire des milieux humides; retirer les proies de nombreux prédateurs dans un milieu humide affecte l’ensemble du milieu et nuit à sa productivité et à sa biodiversité. Par ailleurs, un produit homologué par l’ARLA n’est pas une preuve de son innocuité. À ce titre, voir l’article suivant qui oblige, au moment de cet article, le gouvernement canadien à réviser 23 ingrédients homologués chez nous alors qu’ils sont bannis ailleurs.

À la suite de ces extraits sur la page de la Ville, on trouve des liens présumément utiles; le premier lien, qui prétend informer sur le biopesticide, mène au site de GDG Environnement, la compagnie de Trois-Rivière qui détient le contrat d’épandage de Bti à Gatineau. Comment le lecteur peut-il s’attendre, dans un tel contexte, à recevoir de l’information objective?

Les autres liens (de Santé Canada) mènent à des renseignements qui ne sont pas à jour non plus et qui tiennent le même discours par rapport au Bti et au VNO, sans appuis crédibles.

Chrysemys picta
Tortue peinte

Voici les détails de l’épandage de Bti sur le territoire:

5 secteurs (dans l’est de Gatineau jusqu’à la Baie Clément – entre Limbour et Masson-Angers,) sont actuellement visés par un programme d’épandage soit les districts du Carrefour-de-l’Hôpital, du Versant, de Bellevue, du Lac-Beauchamp et de la Rivière-Blanche.

L’épandage à Gatineau se fait exclusivement pour des raisons de conforts. C’est la raison invoquées par les résidents de ces secteurs.

L’épandage se fait conformément au principe utilisateur-payeur; le paiement de l’épandage est effectué à même le compte de taxes des résidents des secteurs visés (12$ par résident par an).

Les travaux d’épandage – 2012-2017 sont réalisés d’avril à septembre par GDG environnement de Trois-Rivières.

Les citoyens ont demandé que l’épandage se fasse sur un périmètre plus large que leur district résidentiel afin de recouvrir la surface des milieux humides le long de la 148.

Le vecteur le plus commun du VNO dans le nord-est américain, Culex pipiens, est un habitant, non pas des milieux humides, mais des forêts (canopée).

Question 1: Selon quel droit des citoyens demandent qu’on appauvrisse des écosystèmes qui appartiennent à tous les Québécois pour des raisons de confort personnel?
Question 2: Selon quelle logique les autorités, en l’occurence le ministère du développement durable, de la faune et des parcs (MDDFP) et la Ville de Gatineau permettent-ils cet épandage?
Question 3: Quelles sont les variétés des moustiques qu’on trouve dans les zones visées par l’épandage de Bti et sont-elles vectrices du VNO?
Question 3: N’existe-t-il aucun mécanisme au plan de la planification urbaniste pour empêcher les projets de développement immobilier à proximité des milieux humides?
Question 4: Quelle distance parcourent les moustiques et mouches noires des marais visés; ces insectes se rendent-ils jusqu’aux développements résidentiels?
Question 5: Combien de fois, d’avril à septembre, GDG procède-t-il à l’épandage de Bti dans les marais?
Question 6: QUI protège nos milieux humides à Gatineau et à Québec?

Le lien suivant mène à la carte où l’on fait l’épandange de Bti à Gatineau, d’avril à septembre. Le périmètres circonscrit de lignes pointillées mauves fait référence à la zone totale d’épandage et inclut tous les plans d’eau situés à l’intérieur dudit périmètre; la zone hachurée à l’intérieur de ce périmètre (appelée zone de protection) correspond, quant à elle, à la zone où le traitement « doit être efficace ». C’est la zone regroupant les citoyens qui payent pour ce traitement. La ville a permis qu’on élargisse la zone totale de traitement pour éviter que les moustiques des zones environnantes ( i.e., les marais) deviennent une « nuisance » dans la zone dite de protection:

Zones humides le long de la 148 sur lesquelles on épand du Bti à Gatineau: la baie McLaurin, les marais des Laîches et aux Grenouillettes de même que tous les petits milieux humides à l’intérieur de la zone de traitement ( n’inclut pas la baie Clément ni le lac Carpentier).

Lithobates pipiens
Grenouille léopard

 

5. Les zones grises

Réduire de 90%-98% la biomasse d’un chaînon de la chaîne alimentaire a des effets certains sur les prédateurs. Comment quantifier ces impacts? Les oiseaux en souffrent, les larves prédatrices des autres insectes également, mais jusqu’à quel point? Que dire notamment des truites qui se nourrissent presque exclusivement de larves de mouches noires dans certains plans d’eau? Arrivent-elles à changer leur source d’alimentation?

Dans quelle mesure d’autres groupes d’insectes aquatiques sont touchés par le Bti?

Sachant que le Bti s’accumule dans les sédiments (à l’abri du gel et du lessivage printanier) et demeure actif, sachant également que tout part de la zone benthique dans ces écosystèmes, comment quantifier le dommage potentiel aux populations larvaires?

Quelle est la disponibilité de proies alternatives pour les insectivores et autres prédateurs des larves visées par le Bti?

Les moustiques jouent des rôles indispensables pour assurer la santé des écosystèmes: nourriture, pollinisation et assainissement des eaux stagnantes. Quel impact global leur élimination a-t-elle sur la faune, la flore et la santé des humains?

De même, l’élimination des mouches noires risque-t-elle de réduire la qualité de l’eau étant donné le rôle de filtre biologique joué par ces organismes?

l’émulsifiant utilisé pour l’épandage du Bti peut couper les échanges gazeux à la surface de l’eau; quel impact cela a-t-il sur la vie dans le plan d’eau? Est-ce que le taux d’O2 notamment en est affecté?

Est-ce que le Bti est vraiment efficace contre le VNO?

Le Bti peut-il entraîner d’autres problèmes sanitaires?

Quelques études passées ont commencé à signaler l’impact négatif du Bti sur les insectivores.

6. Les habitats aviaires sont de plus en plus menacés

Le Bti ne fait que dégrader encore davantage ces habitats indispensables à la survie des oiseaux et des autres espèces.

7. Solution simple, saine et à moindre coût

En travaillant non pas contre mais avec la nature, on risque d’avoir de bien meilleurs résultats et, cela, à bien moindre coût. Il ne s’agit pas de tenter de contrôler les populations de moustiques et de mouches noires, mais bien de reconnaître le rôle essentiel que ces insectes jouent comme support à la vie. La restauration des milieux humides demeure ce qu’il y a de plus efficace et de plus sain à la fois pour la vie animale et humaine. Des milieux humides sains assurent un équilibre entre les populations d’insectes, d’oiseaux, de grenouilles, etc.

Chez nous au Québec, dès avril 2006, Kahnawake dit non au Bti: Selon les groupes environnementaux du territoire Mohawk, les maringouins et leurs larves, aussi dérangeants soient-ils, ont une « raison d’exister » car ils constituent la diète de nombreux animaux (oiseaux, poissons, batraciens, chauves-souris) et assurent la pollinisation de nombreuses plantes. Considérant que les effets à long terme de ces traitements sur la chaîne alimentaire et les écosystèmes ne sont pas encore bien connus, ces groupes souhaitent limiter le plus possible les interventions humaines afin de préserver la biodiversité de la forêt et des marais de Kahnawake.

Voici un rapport rigoureux sur le rôle essentiel des moustiques dans les zones humides.

L’État du Missouri souligne les remarquables résultats obtenus dans le comté d’Essex où on a restauré 1 500 ha de milieux humides et on explique comment, au contraire, les marais aident à réduire les population de moustiques.

Chlidonias niger
Guifette noire

 

8. Cadre réglementaire
Au Canada, le domaine des pesticides est à compétence partagée entre les 3 paliers gouvernementaux. Le fédéral contrôle notamment l’homologation, la mise en marché et l’étiquetage des pesticides. Les provinces et territoires peuvent réglementer la vente, l’utilisation, l’entreposage, le transport et l’élimination des pesticides homologués par le fédéral. Elles ont également le pouvoir de restreindre ou d’interdire dans leur champ de compétence, l’usage de produits homologués. Pour leur part, les municipalités ont, dans plusieurs provinces, le pouvoir d’établir une réglementation plus poussée, principalement quant à l’utilisation des pesticides en milieu urbain, en tenant compte de leurs particularités locales.

Depuis les années 2000, c’est le MDDEFP qui donne les autorisations (auparavant, Ressources naturelles avait ce mandat).

Système de classification des pesticides au Qc.

 

9.NOUVELLES DONNÉES DEPUIS 2012
D’importantes nouvelles données sur le Bti nous viennent d’Europe; il s’agit de nouvelles conclusions de la chercheure Brigitte Poulin présentées en avril 2013 – Ses découvertes démontrent que, contrairement à ce qu’on a toujours pensé du Bti, ce dernier est persistant et n’affectent pas que les larves de moustiques.

Voici un extrait de son rapport:

Capitalisant sur la poursuite des suivis entrepris lors de la précédente campagne d’échantillonnage, ces études ont permis de démontrer:


  • Une baisse significative des chironomes adultes dans les sansouires et lesroselières traitées, parallèlement à une diminution observée chez de nombreuxgroupes échantillonnés à l’aide de cuvettes jaunes.
  • Une baisse significative et croissante dans la richesse (nombre d’espèces) etl’abondance des odonates (libellules) sur les sites traités.
  • Une diminution significative au Domaine de la Palissade de plusieurs espècesd’oiseaux associées aux milieux traités (alouette des champs, bergeronnetteprintanière, foulque macroule, canards colvert et chipeau, grèbes, huîtrier pie) quicoïncide avec la période de mise en oeuvre des opérations de démousticationet n’est pas observée sur d’autres espaces naturels de Camargue.
  • La persistance d’un impact sur les invertébrés paludicoles dans les roselièresoù la démoustication fut interrompue en 2012.
  • L’absence d’impact d’un piège à CO2 (‘mosquito magnet’) sur une colonied’hirondelles des fenêtres par examen du régime alimentaire des poussins.
  • La non accoutumance des oiseaux d’eau aux traitements aériens, après 6années de démoustication.
  • Un bilan des contraintes et des coûts associés à la mise en oeuvre de ladémoustication sur un espace naturel protégé ouvert au public.

Chironomes extrait: « Les chironomes jouent un rôle particulièrement important dans les écosystèmes aquatiques. Comme ils sont fort abondants, ils constituent une source de nourriture considérable à la base des chaînes alimentaires. Ils entrent dans l’alimentation de nombreux organismes, vertébrés ou non. Les larves et les nymphes forment notamment une grande partie du régime de multiples espèces de poissons ».

Il s’agit de la première démonstration d’un effet marqué du Bti sur la faune non cible. Ces effets sont même plus importants que ceux généralement rapportés pour des insecticides chimiques pourtant beaucoup plus toxiques et moins sélectifs que le Bti. Même s’il n’affecte pas directement les oiseaux, la réduction de proies abondantes et essentielles à leur reproduction a des répercussions significatives sur leur abondance et survie. La littérature sur l’usage du Bti est encore largement limitée à son efficacité et à ses effets directs sur la faune non-cible. Espérons que les résultats de cette étude motiveront la communauté scientifique à se pencher sur la quantification de ses impacts indirects, susceptibles d’être importants également sur d’autres sites protégés.

Brigitte POULIN, PhD
Chef département Ecosystèmes

Tour du Valat
Centre de recherche pour la conservation des zones humides
méditerranéennes Le Sambuc – 13 200 Arles – France

Cliquez ici pour voir les dernières conclusions de la chercheure et son rapport complet.

 

10. Conclusion

Il est impérieux de cesser l’épandage de Bti dans les milieux humides à Gatineau pour les raisons suivantes:

On ne connaît pas l’ampleur des effets du Bti sur la chaîne alimentaire
Le Bti n’a d’effet sur ses cibles qu’un ou deux jours puisqu’il se précipite vers le fond de l’eau; en somme, il n’est pas efficace
Plusieurs populations d’insectivores sont en chute libre dans le monde. il importe donc de ne pas nuire à leurs sources d’alimentation
Les zones humides sont des milieux vitaux pour la biodiversité, il faut cesser de les dégrader
Les moustiques et les mouches noires ont un rôle essentiel dans le soutien à la vie
Il existe des solutions simples, saines, efficaces et démontrées pour contrôler les moustiques et mouches noires: la restauration des milieux humides

Enfin, par rapport précisément à nos milieux humides allant de Gatineau à Masson:
Un chapelet de terres humides passablement étroites s’est développé sur 50 km le long des rives, de la ville de Gatineau en direction est, dont les plus importantes sont celles de la Baie McLarin, de la Baie Clément et de la Baie de Lochaber. Ensemble, elles constituent probablement le réseau le plus vaste de marais d’eau douce du bassin versant de l’Outaouais et offrent tous les ans, au printemps et à l’automne, une aire de repos et d’alimentation exceptionnellement importante à une sauvagine migratoire composée de milliers d’individus. Ce site est aussi l’habitat d’espèces animales rares à l’échelle nationale, telles que la tortue musquée et la tortue géographique, et une aire de nourricerie de qualité exceptionnelle pour les poissons.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

 

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