[vc_row opacity_overlay= »10″ header_feature= »yes »][vc_column width= »1/1″][vc_column_text animation_delay= »200″][rev_slider Bti]
D’abord, ne pas nuire. Val-des-Bois, comté de Papineau, Outaouais, 2009
À noter que les extraits de couleur, sauf le rouge, mènent à des références.
1. Qu’est-ce que le Bti? Questions
2. Comment agit-il? Questions
3. Composition du Bti. Questions
4. Le Bti, sélectif? Questions
5. Pourquoi utilise-t-on le Bti?
6. Où pulvérise-t-on du Bti au Québec?
7. Impacts environnementaux
8. Impacts économiques
9. Cadre réglementaire
10. Processus d’obtention de permis
11. Problème grandissant d’acceptabilité sociale
12. Solutions de rechanges
13. Le principe de précaution
14. Nos considérants
15. Nos demandes à l’intention des décideurs
16. Références
1. Qu’est-ce que le Bti?
- Une bactérie (Bacillus thuringiensis israelensis) insecticide qui s’attaque aux larves de plusieurs insectes, découverte en Israël et vivant naturellement dans les sols de plus de 15 pays (non encore découverte au Québec).
- Insecticide utilisé pour détruire les moustiques et les mouches noires.
- Pulvérisé directement dans l’eau douce (mares d’eau, fossés, étangs, marais, lacs, réservoirs artificiels, rivières) par voie aérienne (forme granulaire) et voie terrestre (forme liquide).
- Insecticide pulvérisé à répétition du printemps à l’automne selon l’évaluation des besoins des secteurs visés.
- Taux d’efficacité du traitement serait de 90% en situation optimale
- Puisqu’on n’a jamais trouvé de Bti dans le sol du Québec à l’état naturel, on ne peut exclure la possibilité que le Bti n’existait pas chez nous avant qu’on l’utilise; quels sont les impacts potentiels d’une nouvelle bactérie introduite dans un milieu et son interaction avec les divers organismes y vivant ?
- Est-ce que la bactérie se reproduit et dans quels milieux?
- Quelle quantité de Bti est pulvérisée chaque année au Québec, depuis quand, où précisément et à quels intervalles durant une année complète?
- Quel est l’impact de fortes pluies sur le taux d’efficacité du produit?
- Sachant que le Bti s’accumule dans les sédiments et demeure actif, comment quantifier le dommage potentiel aux autres larves d’insectes dans les plans d’eau?
2. Comment agit-il?
- le Bti sécrète des cristaux dans les plans d’eau. Lorsque les larves s’alimentent, elles absorbent ces cristaux qui perforent leur tube digestif et les larves meurent au bout de quelques jours.
Questions:
7. En dehors des larves de moustiques et de mouches noires, combien d’autres espèces dans le milieu sont détruites par le Bti?
8. Quelle quantité de Bti est pulvérisée sur la terre ferme au Québec et pour quelles raisons?
9. Quel est l’impact du Bti sur la terre ferme? (insectes et les espèces qui s’en nourrissent, sols, sources d’eau potable, etc.)?
Voici des marques communes de l’insecticide Bti utilisé au Québec et leur composition. La catégorie Autres ingrédients (protégés par le secret commercial) fait référence aux ingrédients ajoutés au produit pour en accroître l’efficacité soit : agents de protection contre les rayons UV, émulsifiants, anti-moussants, stabilisateurs et phagostimulants.
|
Nom commercial |
Ingrédient 1 |
Ingrédient 2 |
Ingrédient 3 |
| VectoBac 1200 Liquide | Bti : 11,61% | Autres ingrédients : 88,29 % | Isothiazoline : 0,10% |
| VectoBac 200 Granules | Bti : 2,8% | Autres ingrédients : 97,2 % |
10. Quels sont les impacts directs et indirects de ces autres ingrédients dans les différents milieux et sur la faune? Quels sont ces impacts en chaîne et cumulatifs?
11. Quels impacts ont ces autres ingrédients sur les poissons que nous consommons?
12. Quelle est la durée de vie de ces autres ingrédients?
13. Est-ce que ces différents agents ajoutés peuvent affecter la qualité de l’eau potable?
14. L’émulsifiant utilisé dans la formule du produit Bti pouvant couper les échanges gazeux à la surface de l’eau, quel impact sur la vie dans les plans d’eau?
15. Est-ce que le taux d’O2 est affecté par l’émulsifiant ?
16. Comme les formules Bti sont protégées par le secret commercial, qui connaît leurs impact réels sur les milieux et, éventuellement, sur la santé humaine?
17. Quelle crédibilité pour l’usage de termes tels biopesticide ou contrôle biologique?Quel est l’impact de l’accumulation d’Isothiazoline au fil des ans sur le milieu?
4. Le Bti, sélectif?
Contrairement à ce qui est largement véhiculé sur internet, on sait maintenant que d’autres organismes sont sensibles au Bti dont:
- Une cinquantaine d’espèces de moustiques non piqueurs (des 57 espèces de moustique recensées au Québec, seul 8 espèces seraient des insectes piqueurs);
- Les chironomes (midges en anglais), des insectes non piqueurs très répandus dans nos plans d’eau et dont s’alimentent directement/indirectement quantité d’espèces aquatiques et non aquatiques.
- Et plusieurs autres espèces dont:
- les Trichoptères, Plécoptères, Éphéméroptères, Lépidoptères, Hémiptères, de même que les Crustacés, Gastéropodes, poissons et algues (Boisvert, Jacques, Lacoursière, Jean O., 2004).
Des 57 espèces de moustiques recensées au Québec, combien d’espèces peut-on trouver dans les secteurs pulvérisés ?
Si seulement 8 des 57 espèces de moustiques au Québec piquent, ne nous trouvons pas avec le Bti à détruire une majorité d’insectes non piqueurs, y compris les chironomes?
- Comme il y a pulvérisation de Bti à répétition d’avril à octobre à chaque année et dans certains cas depuis plus de 20 ans, que sait-on sur les possibilités de surdosage?
- Puisque nous ne disposons pas d’un tableau clair ni exhaustif des espèces touchées à divers degrés par le Bti, comment statuer sur sa sélectivité?
- Comment mesurer la quantité de nourriture renouvelable perdue pour la faune?
- Quels impacts cette perte de nourriture cela pourrait-il représenter sur les écosystèmes à chaque année ?
- Que signifie « sélectif » véritablement? Est-ce que ce terme ne devrait pas également englober toutes les espèces affaiblies ou qui disparaissent en raison de l’impact indirect du Bti?
- Que la disparition d’individus soit directe ou indirecte, quelle différence sur le constat final?
- Quelle proportion du déclin actuel des insectes dans le monde est imputable au Bti?
- Des citoyens se disent incommodés par les moustiques et mouches noires.
- Aucune utilité démontrée contre VNO; application des mesures de protection personnelle contre les piqûres de moustiques demeure le meilleur moyen de se protéger. (Quebec.ca)
Est-ce que les quelques semaines de poussées de moustiques par année justifient cette mesure marteau qu’est le Bti?
- Moustiques… et tiques: aucun lien entre les deux, quelle logique tendancieuse les place dans la même phrase sur les sites de nos gouvernements? Se protéger des piqûres de moustiques et de tiques.
- Est-ce que notre biodiversité ne vaut pas qu’on accepte de vivre avec les moustiques, comme nos ancêtres l’ont fait depuis des siècles avant nous?
- Comment une question aussi fondamentale que la biodiversité peut-elle dépendre de la tolérance ou non de citoyens envers les moustiques?
- Biodiversité ou moustiques?
5. Où pulvérise-t-on du Bti au Québec?
En 2017, on a pulvérisé du Bti dans plusieurs plans d’eau, marais, marécages, lacs, rivières et ruisseaux d’une soixantaine de municipalités au Québec d’avril à septembre. Et l’intérêt pour la pulvérisation va croissant dans certaines municipalités.
Pulvérise-t-on dans votre secteur ou ailleurs dans votre votre municipalité?
28. Quels moyens disposons-nous pour assurer que la pulvérisation se fait exclusivement dans les sites autorisés et dans les règles de l’art?
29. Selon vous, pour quelles raisons le MELCC ne permet-il pas qu’on pulvérise dans les sites de reproduction de la Rainette faux-grillon de l’Ouest et du Petit blongio?
6. Ses impacts environnementaux
Pour connaître les impacts d’un produit sur un milieu, il est essentiel de réaliser des recherches en comparant des zones témoins vs des zones impactées, en tenant compte notamment de la complexité des réseaux trophiques (Colbrun, E.A., Weeks,S.C. et S. K. Reed, 2007). Depuis qu’on utilise le Bti au Québec (plus de 30 ans), aucune étude de ce type n’a encore été réalisée chez nous. Par contre, en raison d’interrogations qui vont croissantes un peu partout dans le monde, de telles études (certaines, en France, s’étalant sur plus de 12 ans) ont été réalisées.
Selon ces recherches (Rapport de 2013 de Brigitte Poulin), contrairement à ce qui est largement véhiculé dans les documents canadiens et québécois sur l’utilisation du Bti, ce biocide a un impact négatif sans équivoque sur la vie des milieux touchés. Les études françaises démontrent que l’utilisation du Bti affecte la biodiversité via la chaîne trophique. Plusieurs espèces se nourrissent des larves de chironomes, de moustiques et de mouches noires (ainsi que de ces insectes au stade adulte) depuis des millénaires et sont forcés, après pulvérisation de Bti, de trouver d’autres sources de nourriture.
Voici un extrait du rapport de Brigitte Poulin et al. par rapport aux chironomes:
Les chironomes sont très importants dans l’alimentation de plusieurs organismes. La décroissance de leurs populations affecte non seulement les hirondelles, mais aussi les libellules, les araignées, d’autres oiseaux et les chauves-souris en raison du manque de nourriture ou de la modification de leur régime alimentaire. (Synthèse de l’information sur l’utilisation du Bti, OBV des rivière Rouge, Petite-nation et Saumon, août 2015).
Voici des données tirées de la conférence de Brigitte Poulin ( B. Poulin, Montréal, juin 2019) pour les sites traités au Bti en Camargue (France):
- déclin de 34% de presque tous les invertébrés ((insectes, araignées, acariens, gastéropodes
- déclin de 50% des libellules
- déclin de 1/3 des oiseaux (relation linéaire entre invertébrés et oiseaux)
- déclin de 52% des oiseaux, associé à la baisse des ressources alimentaires et au dérangement dû à la pulvérisation aérienne (corpus de 50 espèces sélectionnées).
On a voulu bien sûr étudier les effets sur les populations de chironomes, élément clé et base des réseaux trophiques des divers milieux aquatiques. Plus diversifiés et abondants que les moustiques, à l’état larvaire ils contribuent au recyclage de la matière organique et dans tous les stades servent de nourriture à de nombreux organismes aquatiques et terrestres. Résultat : l’effet du Bti s’est confirmé pour tous les habitats traités, par exemple : chute de 56% des chironomes dans les roselières.
Malgré la baisse des populations de moustiques et mouches noires après traitements, le sentiment de nuisance est quant à lui demeuré élevé.
Pour accéder à plusieurs autres études, consulter le document Bti, science et le principe de précaution.
7. Ses impacts économiques
- Impact sur la pêche sportive: à titre d’exemple, les retombées économiques de la pêche à l’omble de fontaine se chiffrent à 340 millions de dollars par an et cette pêche sportive permet la création de 3000 emplois dans la province (Société Radio-Canada, Deschênes, Jean-François, mars 2019). Maintenant, combien de plans d’eau au Québec sont appauvris par le Bti? On trouve plus de 2500 espèces de chironomes en eau douce en Amérique du Nord; en Colombie-Britannique, les pêcheurs ont compris le lien qui existe entre un lac en santé, les chironomes et les poissons sportifs : truites mouchetées, ombles de fontaine, ombles chevalier, saumons Sockeye notamment en raffolent. Aussi, voici la photo du contenu de l’estomac d’un Grand corégone des Grands lacs. Également voici la vidéo d’un biologiste expert de la pêche à la mouche en Colombie-Britannique qui montre combien les chironomes sont importants pour les poissons. Ainsi, bien qu’aucune étude n’a été réalisée, il est clair que le Bti n’aide en rien à l’industrie de la pêche au Québec.
- Impact sur l’ornithologie: En 2011, le Regroupement QuébecOiseaux (RQO) a présenté une étude qui évalue le nombre d’observateurs d’oiseaux au Québec à plus de 1,5 million d’amateurs. Les dépenses directes liées à l’ornithologie représentent une somme de 195,5M $ annuellement. Bien que peu d’études ont été réalisées au Canada sur l’apport économique de l’ornithologie, on peut avoir une bonne idée de l’apport économique de ce loisir chez nous en jetant un coup d’oeil à ce passe aux USA; chez nous voisins, l’obsevation des oiseaux rapportent encore plus que la chasse et la pêche.

8. Cadre réglementaire
Au Canada, le domaine des pesticides est à compétence partagée entre les 3 paliers gouvernementaux. Le fédéral contrôle notamment l’homologation, la mise en marché et l’étiquetage des pesticides. Les provinces et territoires peuvent réglementer la vente, l’utilisation, l’entreposage, le transport et l’élimination des pesticides homologués par le fédéral. Elles ont également le pouvoir de restreindre ou d’interdire dans leur champ de compétence, l’usage de produits homologués. Pour leur part, les municipalités ont, dans plusieurs provinces, le pouvoir d’établir une réglementation plus poussée, principalement quant à l’utilisation des pesticides en milieu urbain, en tenant compte de leurs particularités locales.
9. Processus d’obtention de permis pour pulvérisation au Québec
Le contrôle des insectes piqueurs est effectué à la demande de citoyens d’une municipalité. Certaines municipalités ont tenu des sondages auprès de leurs citoyens pour connaître l’acceptabilité du processus. La tenue d’un programme est votée lors d’une séance du conseil municipal. Il se peut qu’un service ou la personne responsable de l’environnement prenne en charge le dossier. Typiquement, le Service de l’environnement procède à un appel d’offres pour « le contrôle biologique des moustiques ». Le consultant est mandaté par la Ville pour obtenir le certificat d’autorisation du MDDLCC. La marche à suivre pour l’obtention d’un certificat est assujettie à la Loi sur la qualité de l’environnement et le Règlement relatif à l’application de la Loi sur la qualité de l’environnement (demande d’une autorisation ministérielle pour l’utilisation de pesticides, Directive 017, juillet 2018).
Une fois le processus réglementaire finalisé, la dépense associée à ce traitement est assumée par les propriétaires des immeubles situés à l’intérieur de la zone de protection du programme de contrôle des moustiques via une taxation sur le compte de taxes. Les frais individuels varient selon le nombre de résidents dans les secteurs traités. Par exemple, pour 20 000 propriétés, le coût annuel par propriétaire en 2019 se chiffrait à moins de 20$.
Il n’est pas étonnant que les citoyens acceptent de payer une somme aussi dérisoire. Il n’est pas clair non plus combien de résidents sont conscients que ce montant est prélevé automatiquement de leur compte de taxes, à quoi il sert précisément et qu’ils ne peuvent pas, pour le moment, être exonérés d’une telle taxe.

Question 1: Selon quel droit des citoyens demandent qu’on appauvrisse des écosystèmes qui appartiennent à tous les Québécois pour des raisons de confort personnel?
Question 2: Selon quelle logique les autorités, en l’occurence le ministère du développement durable, de la faune et des parcs (MDDFP) et la Ville de Gatineau permettent-ils cet épandage?
Question 3: Quelles sont les variétés des moustiques qu’on trouve dans les zones visées par l’épandage de Bti et sont-elles vectrices du VNO?
Question 3: N’existe-t-il aucun mécanisme au plan de la planification urbaniste pour empêcher les projets de développement immobilier à proximité des milieux humides?
Question 4: Quelle distance parcourent les moustiques et mouches noires des marais visés; ces insectes se rendent-ils jusqu’aux développements résidentiels?
Question 5: Combien de fois, d’avril à septembre, GDG procède-t-il à l’épandage de Bti dans les marais?
Question 6: QUI protège nos milieux humides à Gatineau et à Québec?

8. Problème grandissant d’acceptabilité sociale
Bien qu’on traite au Bti depuis plus depuis près de 25 ans au Québec, peu de gens sont au fait de cette pratique. Or, les études indépendantes allant croissantes incitent à ce qu’on s’interroge sur la pertinence, en 2020, du contrôle des moustiques et mouches noires. Cetaines municipalités ont choisi de s’abstenir de traiter au Bti; c’est le cas des municipalités de l’Ascension, Nominingue et Rivière-Rouge qui ont voté contre la pulvérisation de Bti (Le Courant des Hautes-Laurentides, 7 février 2019). De plus en plus de communautés au Québec se mobilisent (Labelle, Trois-Rivières, Gatineau) afin que le public soit adéquatement informé sur le sujet. Également, la municipalité de Saint-Émile-de-Suffolk (Petite-Nation) a mis en demeure la municipalité de Lac-des-Plages puisque des secteurs de Saint-Émile-de-Suffolk allaient être touchés par une éventuelle pulvérisation à Lac-des-Plages (Le Bulletin de la Petite-Nation, 28 nov. 2018).
Parce qu’une part importante de la documentation Bti qui circule sur internet n’est pas mise à jour, ne tient pas compte des données des recherches de la dernière décennie ou encore est carrément erronée, le grand public ne dispose pas d’un portrait clair du dossier Bti. Or, la communauté a le droit d’avoir accès à de l’information objective sur le sujet.
Questions
• N’est-ce pas l’un des rôles de l’État, tant au municipal qu’au provincial, de donner l’heure juste par rapport à un produit, y compris ses aspects encore nébuleux ?
• N’est-ce pas le devoir de l’État de se pencher sur les faits et, à partir de ces derniers, prendre les décisions pour le bien de tous ?
10. Solutions de rechange
Heureusement, il existe des solutions pour contrer l’effet délétère du Bti sur la nature. Une solution qui est mise de l’avant depuis quelques années en France est le piège à CO2, moins invasif pour les milieux que le Bti. Les pièges à CO2 sont déjà à l’essai au Québec à Saint-André-de-Kamouraska (SRC, Lévesque-Boucher, août 2017).Cependant, cette technologie a, elle aussi, des impacts sur la nature; elle détruit notamment les papillons de nuit. Il y a mieux.
Questions
Les marais au service du contrôle des moustiques
En travaillant non pas contre mais avec la nature, on risque d’avoir de bien meilleurs résultats et, cela, à bien moindre coût. Il ne s’agit pas de tenter de contrôler les populations de moustiques et de mouches noires, mais bien de reconnaître le rôle essentiel que ces insectes jouent comme support à la vie. La restauration des milieux humides demeure et demeurera toujours ce qu’il y a de plus efficace et de plus sain à la fois pour la vie animale et humaine. Des milieux humides sains assurent un équilibre entre les populations d’insectes, d’oiseaux, de grenouilles, etc. Qui plus est, il est démontré que les milieux humides sains sont le moyen par excellence de réduire considérablement les populations de moustiques (Université de l’Illinois, 2004). Comment cela ? Un milieu humide sain soutient une communauté d’insectivores diversifiée (oiseaux, poissons, amphibiens, insectes), communauté qui, en se nourrissant, prévient/absorbent les excès de populations d’insectes, y compris les moustiques et les mouches noires; cela a pour effet de donner, par exemple chez les oiseaux, des nichées plus abondantes, jusqu’à ce que l’équilibre insectes/ insectivores se rétablissent, une tendance à l’équilibre inhérente aux processus normaux des écosystèmes. Un exemple : dans l’État du Massachusetts, la restauration d’un milieu humide de 1 500 acres (dans le cadre d’un projet de contrôle des moustiques du comté d’Essex) y a entraîné la réduction de 90% des moustiques! (Williams, 1996).
Le Bti est insidieux: il élimine, en les affamant (de façon indirecte), une grande part des prédateurs des insectes piqueurs d’un milieu (oiseaux, grenouilles, tortues, chauves-souris, libellules, etc.) et ainsi, il faut pulvériser davantage et ce, en réduisant toujours plus les services que nous rendait la nature gratuitement avant la pulvérisation. Et pourtant, plus de 50 espèces d’oiseaux sont actuellement en situation précaire au Québec (RQO, Fonds pour l’habitat des oiseaux du Québec).
11. Le principe de précaution
Il est de la responsabilité de ceux qui font la pulvérisation de démontrer qu’il n’y a pas d’impact aux plans économique et environnemental, non l’inverse. Face au nombre impressionnant de questions qui demeurent sans réponse par rapport à l’utilisation du biocide Bti, il tombe sous le sens qu’une saine gouvernance exige, pour le moment, qu’on prévienne les dégâts et donc qu’on applique le principe de précaution. Dans l’intervalle, des recherches indépendantes s’imposent sur le continent.
Une mise en garde importante : ne pas faire payer notre patrimoine naturel en sombrant dans le politique.
Un conseil qui se veut bienveillant : tous les humains, nous avons intérêt à remettre nos décisions passées en question et à travailler ensemble, tous secteurs confondus : citoyens, élus, fonctionnaires, chercheurs, membres de l’industrie, etc. Et surtout, ne jamais sous-estimer les services que nous rend la nature à chaque jour de notre existence. Ce sont des services gratuits, ne les bafouons pas.
Question : ne pourrions-nous pas au Québec faire preuve d’un réel leadership aux plans national et international par rapport à la protection de nos milieux humides ?
Enfin, nous laissons le mot de la fin à notre ministère :
Au Québec, les milieux humides occupent plus ou moins 17 millions d’hectares ou 170 000 km², soit environ 10 % de l’ensemble du territoire québécois. Qu’il s’agisse d’étangs, de marais, de marécages ou de tourbières, les milieux humides représentent les mailles essentielles de la trame des milieux naturels du territoire québécois. Ces écosystèmes constituent l’ensemble des sites saturés d’eau ou
Bti, science et le principe de précaution.
inondés pendant une période suffisamment longue pour influencer la nature du sol ou la composition de la végétation.
Il est mondialement admis aujourd’hui que les milieux humides, perçus comme des terres inutilisables par le passé, jouent un rôle crucial dans le maintien de la vie sur terre au même titre que les terres agricoles et les forêts. Les biens et services écologiques qu’ils procurent à la société représentent indéniablement un moteur pour l’économie locale, régionale, nationale et mondiale. Il est donc primordial de conserver ces milieux, particulièrement dans les régions où le développement urbain a contribué à leur dégradation ou à leur disparition Ministère de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques.
Références consultées dans cet ouvrage
5. Les zones grises
chiro dont s’alimentent directement et indirectement quantité d’espèces y compris grenouilles, poissons, libellules, chauves-souris et oiseaux.
Réduire de 90%-98% la biomasse d’un chaînon de la chaîne alimentaire a des effets certains sur les prédateurs. Comment quantifier ces impacts? Les oiseaux en souffrent, les larves prédatrices des autres insectes également, mais jusqu’à quel point? Que dire notamment des truites qui se nourrissent presque exclusivement de larves de mouches noires dans certains plans d’eau? Arrivent-elles à changer leur source d’alimentation?
Dans quelle mesure d’autres groupes d’insectes aquatiques sont touchés par le Bti?
Sachant que le Bti s’accumule dans les sédiments (à l’abri du gel et du lessivage printanier) et demeure actif, sachant également que tout part de la zone benthique dans ces écosystèmes, comment quantifier le dommage potentiel aux populations larvaires?
Quelle est la disponibilité de proies alternatives pour les insectivores et autres prédateurs des larves visées par le Bti?
Les moustiques jouent des rôles indispensables pour assurer la santé des écosystèmes: nourriture, pollinisation et assainissement des eaux stagnantes. Quel impact global leur élimination a-t-elle sur la faune, la flore et la santé des humains?
De même, l’élimination des mouches noires risque-t-elle de réduire la qualité de l’eau étant donné le rôle de filtre biologique joué par ces organismes?
l’émulsifiant utilisé pour l’épandage du Bti peut couper les échanges gazeux à la surface de l’eau; quel impact cela a-t-il sur la vie dans le plan d’eau? Est-ce que le taux d’O2 notamment en est affecté?
Est-ce que le Bti est vraiment efficace contre le VNO?
Le Bti peut-il entraîner d’autres problèmes sanitaires?
Quelques études passées ont commencé à signaler l’impact négatif du Bti sur les insectivores.
6. Les habitats aviaires sont de plus en plus menacés
Le Bti ne fait que dégrader encore davantage ces habitats indispensables à la survie des oiseaux et des autres espèces.
7. Solution simple, saine et à moindre coût
En travaillant non pas contre mais avec la nature, on risque d’avoir de bien meilleurs résultats et, cela, à bien moindre coût. Il ne s’agit pas de tenter de contrôler les populations de moustiques et de mouches noires, mais bien de reconnaître le rôle essentiel que ces insectes jouent comme support à la vie. La restauration des milieux humides demeure ce qu’il y a de plus efficace et de plus sain à la fois pour la vie animale et humaine. Des milieux humides sains assurent un équilibre entre les populations d’insectes, d’oiseaux, de grenouilles, etc.
Chez nous au Québec, dès avril 2006, Kahnawake dit non au Bti: Selon les groupes environnementaux du territoire Mohawk, les maringouins et leurs larves, aussi dérangeants soient-ils, ont une « raison d’exister » car ils constituent la diète de nombreux animaux (oiseaux, poissons, batraciens, chauves-souris) et assurent la pollinisation de nombreuses plantes. Considérant que les effets à long terme de ces traitements sur la chaîne alimentaire et les écosystèmes ne sont pas encore bien connus, ces groupes souhaitent limiter le plus possible les interventions humaines afin de préserver la biodiversité de la forêt et des marais de Kahnawake.
Voici un rapport rigoureux sur le rôle essentiel des moustiques dans les zones humides.
L’État du Missouri souligne les remarquables résultats obtenus dans le comté d’Essex où on a restauré 1 500 ha de milieux humides et on explique comment, au contraire, les marais aident à réduire les population de moustiques.

8. Cadre réglementaire
Au Canada, le domaine des pesticides est à compétence partagée entre les 3 paliers gouvernementaux. Le fédéral contrôle notamment l’homologation, la mise en marché et l’étiquetage des pesticides. Les provinces et territoires peuvent réglementer la vente, l’utilisation, l’entreposage, le transport et l’élimination des pesticides homologués par le fédéral. Elles ont également le pouvoir de restreindre ou d’interdire dans leur champ de compétence, l’usage de produits homologués. Pour leur part, les municipalités ont, dans plusieurs provinces, le pouvoir d’établir une réglementation plus poussée, principalement quant à l’utilisation des pesticides en milieu urbain, en tenant compte de leurs particularités locales.
Depuis les années 2000, c’est le MDDEFP qui donne les autorisations (auparavant, Ressources naturelles avait ce mandat).
Système de classification des pesticides au Qc.
9.NOUVELLES DONNÉES DEPUIS 2012
D’importantes nouvelles données sur le Bti nous viennent d’Europe; il s’agit de nouvelles conclusions de la chercheure Brigitte Poulin présentées en avril 2013 – Ses découvertes démontrent que, contrairement à ce qu’on a toujours pensé du Bti, ce dernier est persistant et n’affectent pas que les larves de moustiques.
Cliquez ici pour voir les dernières conclusions de la chercheure et son rapport complet.
10. Conclusion
Il est impérieux de cesser l’épandage de Bti dans les milieux humides à Gatineau pour les raisons suivantes:
On ne connaît pas l’ampleur des effets du Bti sur la chaîne alimentaire
Le Bti n’a d’effet sur ses cibles qu’un ou deux jours puisqu’il se précipite vers le fond de l’eau; en somme, il n’est pas efficace
Plusieurs populations d’insectivores sont en chute libre dans le monde. il importe donc de ne pas nuire à leurs sources d’alimentation
Les zones humides sont des milieux vitaux pour la biodiversité, il faut cesser de les dégrader
Les moustiques et les mouches noires ont un rôle essentiel dans le soutien à la vie
Il existe des solutions simples, saines, efficaces et démontrées pour contrôler les moustiques et mouches noires: la restauration des milieux humides
Enfin, par rapport précisément à nos milieux humides allant de Gatineau à Masson:
Un chapelet de terres humides passablement étroites s’est développé sur 50 km le long des rives, de la ville de Gatineau en direction est, dont les plus importantes sont celles de la Baie McLarin, de la Baie Clément et de la Baie de Lochaber. Ensemble, elles constituent probablement le réseau le plus vaste de marais d’eau douce du bassin versant de l’Outaouais et offrent tous les ans, au printemps et à l’automne, une aire de repos et d’alimentation exceptionnellement importante à une sauvagine migratoire composée de milliers d’individus. Ce site est aussi l’habitat d’espèces animales rares à l’échelle nationale, telles que la tortue musquée et la tortue géographique, et une aire de nourricerie de qualité exceptionnelle pour les poissons.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]
(Groupe FB Non au contrôle des insectes piqueurs)